Pour les vacances de Pâques nous avions décidé de rendre visite à la partie belge de la famille, dans la region de Bruxelles. Le voyage était prévu bien avant les évènements qui ont marqué la ville le 22 mars, tout comme le fait de faire la route en voiture plutôt qu’en avion, qui n’était cependant plus une option après la fermeture de l’aéroport. Avec trois enfants à bord, une étape intermédiaire semblait plus raisonnable et Reims, avantageusement située aux deux tiers du parcours, m’était rapidement apparue comme une solution permettant d’allier l’agréable à l’utile.
Après avoir visité l’imposante cathédrale (ne manquez pas le superbe vitrail signé Chagal!) je suis entré dans les deux magasins de vin les plus proches, histoire de ne pas arriver à Bruxelles les mains vides. Je parle de magasins plutôt que de cavistes car je n’y ai pas trouvé le niveau de conseils que j’attends d’un profesionnel passionné mais plutôt la motivation commerciale du vendeur qui voit arriver un touriste. Un rappel qu’hélas dans les regions viticoles nombreux sont ceux qui tentent de profiter de la renommée des appelations locales à bon compte; ceux d’entre-vous qui connaissent les « boutiques » de Beaune comprendront facilement mon propos.
Le temps hélas ne nous permettait pas de nous arrêter chez un producteur, mais au retour nous avons passé la soirée au Clos, un bar à vin très sympathique proposant également une liste de champagnes à la vente. Selon un partenariat avec une trentaine de producteurs, un vigneron y est mis en avant chaque semaine, ses cuvées étant alors proposées à la degustation au verre, ou plutôt à la flute. J’en ai donc profité pour ramener quelques bouteilles selectionnées avec l’aide du maître des lieux. Et une semaine plus tard une soirée entre amis m’offrait l’occasion de les goûter.
Les vins que j’avais choisis à Reims étaient de style différents et j’en ai donc profité pour illustrer auprès de mes invités la diversité des produits de cette region. Nous sommes pour cela passés d’un blanc de blancs droit et élégant mais relativement discret à un vin d’assemblage majoritairement de pinots, ample et fruité, pour terminer avec un rosé non dosé très vineux. Au milieu de ce trio j’ai glissé dans le rôle de « benchmark »un Bollinger special cuvée, une bouteille de qualité que l’on peut facilement se procurer. Si les personnes présentes n’étaient pas forcément des dégustateurs avertis, la variété de catactère des champagnes présentés n’a échappé à personne et a surpris la plupart des convives. C’est le point que je souhaite mettre en avant ici: prenez le temps de choisir votre champagne en fonction de vos goûts et de la place que vous comptez leur réserver à table, ils ne sont pas tous interchangeables, loin s’en faut.
Les deux tiers environ de la Champagne sont plantés en pinots, noir ou meunier, le reste étant dévolu au chardonnay. La grande majorité des vins sont produits par l’assemblage de deux ou trois de ces cépages, le plus généralement avec les deux couleurs de raisin. L’assemblage utilisé n’est pas fréquemment indiqué mais par défaut si les mentions « blanc de blancs » (100% chardonnay) ou « blanc de noirs » (100% pinot(s)) ne sont pas présentes il s’agira vraissemblablement d’un vin produit à partir d’un assemblage de raisins blancs et noirs. Le chardonnay apportera généralement plus de finesse et de vivacité au vin alors que le pinot noir amènera plus de puissance et de vinosité. Le pinot meunier est rarement vinifié seul. L’excellente cuvée Les Vignes de Vrigny du superbe domaine Egly-Ouriet est une exception, issue de vieilles vignes, où ce cépage confère au vin une belle souplesse et un très joli fruité.
Après l’élevage le champagne est dégorgé et une liqueur de dosage est généralement ajoutée dans une quantité qui déterminera s’il s’agit d’un champagne extra-brut, brut, demi-sec ou sec. Si aucune liqueur n’est ajoutée le champagne sera alors dit « non dosé », « brut nature » ou « brut zero ». Laissons de côté les demi-secs ou secs, qui ne sont justement pas des vins secs mais plus ou moins doux et généralement sans grand intérêt. Les cuvées peu ou pas dosées à l’inverse se caractérisent par une acidité plus marquée et un style plus tendu et vif que les bruts. Ce type de champagne s’est beaucoup développé ces dernières années, offrant une alternative intéressante qui séduit particulièrement certains amateurs à la recherche de produits plus naturels ou plus représentatifs de leur terroir que de méthodes de production qui cherchent parfois à gommer ces caractéristiques.
Dans la méthode classique de production du champagne de nombreuses cuvées de vins tranquilles sont en effet assemblées dans le but d’obtenir un style bien défini, que le consommateur doit pouvoir reconnaître d’une bouteille à l’autre et d’une année à l’autre. Le principe du champagne non millésimé permet même d’assembler des vins de différentes années, expliquant en partie cet objectif d’uniformité là ou le millésime permet dans d’autres régions de justifier des differences entre bouteilles d’un même vin. Sans renoncer à ce principe d’assemblage, de vins de base, d’années ou de cépages, certains producteurs et même certaines grandes maisons ont également développé des cuvées plus spécifiques, en mono cépage ou produites à partir de parcelles bien délimitées pour leur caractéristiques de terroir, et généralement peu dosées. Si elles s’adressent à des amateurs un peu plus avertis elles illustrent parfaitement la diversité que je voulais mettre en avant dans ces lignes. Je vous encourage donc à les découvrir!